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« DKR Art Beat » : à la découverte de la scène artistique & culturelle de Dakar

Dakar est une capitale qui surprend à toutes heures de la journée…et de la nuit. Depuis les Almadies à Grand Yoff, chaque quartier possède sa personnalité et recelle d’artistes et de créateurs qui ont pour ambition de « take Senegal to the World ». Francine Awa Pipien vit à Dakar  depuis 2014, elle décrypte pour TRACE le paysage artistique dakarois.

Bonjour Francine, pourrais- tu rapidement te présenter ?

Si mes amis m’appellent « Pips », je suis née Francine Awa Pipien. Je suis franco-sénégalaise, j’ai grandi au Sénégal et fais mes études supérieures à Paris. Après deux expériences parisiennes – Performics (Publicis) et Jive Epic (Sony Music) – j’ai travaillé cinq années avec la chaine Africa24, en tant que digital manager. Puis, en 2014, j’ai choisi de rentrer au Sénégal.

Aujourd’hui à Dakar, je suis active dans deux milieux : celui de la musique et celui des médias​. À moyen terme, j’ai comme souhait de mettre en place un projet qui me tient à coeur et qui mêlera « média » et « création de contenu ». L’idée part d’une conviction très claire : nous africains, sommes devant la responsabilité de nous réapproprier notre parole et de raconter nos propres histoires, selon nos codes, nos vécus et nos visions.

Mood. 👁‍🗨 @youngfresh221

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Peux-tu nous éclairer sur la scène artistique dakaroise ?

 Dakar ? Wow, c’est une scène artistique qui grouille et qui bouillonne.

En réalité, peu s’en rendent compte, mais Dakar est une ville métissée. Elle puise sa personnalité dans des influences variées : il y a évidemment la diversité des cultures locales, mais également l’apport des pays voisins puisque Dakar reste le choix privilégié de nombreux ouest-africains, et aussi internationaux, car la jeunesse dakaroise est une jeunesse connectée. Au final, l’influence arabo-occidentale mixée aux traditions donnent des résultats assez fous. Dans chacun des quartiers de Dakar, des Almadies au Plateau en passant par Parcelles ou Point-E, on peut découvrir des talents de tout âge. Beaucoup parlent de renouveau, moi je parlerai de libération de la parole artistique, et sur toutes les disciplines : photographie, peinture, arts plastiques, musique, mode et j’en passe !

Aujourd’hui, Dakar a clairement son mot à dire, et le fait savoir. À l’instar de la biennale annuelle d’art contemporain Dak’art, qui était récemment sous la direction artistique de Simon Njami et a vu se dérouler des side-events inédits dans des lieux atypiques comme les anciennes gares de Dakar et de Diamniadio.

Enfin, grace aux ambassadeurs et promoteurs de cette scène créative, comme le consultant et collectionneur Mohamed Cissé, ou encore Aisha Dème, les collectifs Les Artrepreneurs ou Wakh’Art, Le Hub, Nhu Vai Events, les productions sénégalaises s’exportent à travers le «  petit-grand » monde de l’art contemporain (1:54, AKAA, ART X Lagos…)

Si tu devais partager avec nous tes coups de coeur artistiques sénégalais, lesquels citerais-tu alors ?

Ce n’est effectivement pas le talent qui manque à Dakar ! Pêle-mele je dirais :

 Sans oublier Khoudia et Dexter, ou encore Alex pour la partie danse, et la réalisatrice Iman Djionne qui nous a récemment offert le film La Boxeuse. La liste est longue et je m’excuse pour les non-cités, et les catégories oubliées.

Et côté musique, quels sont tes coups de coeur ?

La liste risque de s’allonger encore (rires). À Dakar et dans le reste du pays, le « mbalax »  prédomine encore, et c’est une force. Après cela n’empêche pas à d’autres beatmakers, compositeurs, interprètes ou rappeurs de proposer des projets surprenants. Parmi eux : les chanteuses Kya Loum et Aida Sock, les rappeurs Nix, Moulaye, Hakill ou Maybe et plein d’autres encore.. côté beatmaking, il y a Flagrant Délit, Passa Beatz ou Ibaaku qui s’illustrent en ce moment.

Du coup pour mes coups de coeurs, je vais choisir trois artistes :

  • Kya Loum : une voix à la Janice Joplin, en live elle transmet des émotions folles.
  • Obree Daman : un jeune chanteur en plein développement
  • Aida Samb : une chanteuse de mbalax, dont la voix porte un voile que j’aime beaucoup.

Un dernier que je ne peux pas ne pas citer : La Boca de Nix en featuring avec Omzo Dollar !  Rien que pour tous les talents réunis autour du morceau et du clip, réalisés tous deux avec presque pas de budget ! Juste de bonnes idées et de la bonne volonté ! Et finalement, un clip comme « La Boca » – qui fait en quelques mois 200 000 vues – démontre que lorsque les artistes mettent une véritable intention à proposer un univers visuel fort, ils créent l’impact. C’est pourquoi selon moi, les artistes de la scène musicale sénégalaise doivent chercher à se démarquer continuellement, notamment sur la partie visuelle, pour espérer peser, au Sénégal et ailleurs.

Un lieu/coup de coeur que tu recommanderais ?

En fin de journée j’aime beaucoup me caler aux Vivers, aux Almadies en bord de mer. J’assume complètement être fan du cliché combo coucher-de-soleil-bruit-des-vagues !

Après, il existe des lieux atypiques comme la galerie d’Aissa Dionne, le Centre Blaise Senghor ou la RAW Material Company ou des concepts stores modernes qui font bouger les choses : Coop 221, Muus du Tuux de Selly Raby Kane.

Un projet artistique (non-musical) coup de coeur en ce moment à Dakar ?

C’est plutôt de la ville de Saint-Louis dont j’aimerais parler. À quelques heures de route de Dakar, elle accueille le premier musée de la photographie de la ville : “MuPho”. C’est Amadou Diaw, un saint-louisien engagé (il a mis en place la première édition du Forum de Saint Louis en 2017) qui a voulu ce lieu. Le « MuPho » est sous la direction artistique de Salimata Diop et nous rappelle que si Dakar est le point de convergence de la scène artistique sénégalaise, “Dakar du Senegaal” c’est à dire en wolof « Dakar n’est pas le Sénégal ».

Un dernier mot Francine ?

Comme à Paris, New York ou Londres, les artistes sont nombreux à souffrir d’un manque d’accompagnement financier, mais nous avons la chance aujourd’hui au Sénégal qu’artiste ne veut plus forcément dire « marginal ». Par contre il est vrai que la réalité du « Zéro budget » peut décourager. Mais je veux adresser à tous ces créatifs un message : « les plus beaux esprits se révèlent dans l’adversité ». À force de rigueur et de professionnalisme, authenticité et talent paieront.


Légende et crédit Photo à la une 

De gauche à droite : Codou Olivia Ndiaye co-fondatrice de Lives, le rappeur Nix, Francine, la créatrice Selly Raby Kane et l’architecte et co-fondatrice de Lives Mamy Tall. (c) Young Fresh (WatchTheDrone films) 

 

 


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