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30 nuances de noir(es) : quand l’afroféminisme parade et fait le show

Ce week-end du 18-19 novembre, la fanfare afro-féministe 30 nuances de noir(es) se produira dans le cadre du festival Freestyle à La Villette. Sandra Sainte-Rose, la chorégraphe, nous en dit plus sur cette création éminemment politique.

Okay ladies now let’s get in formation, chantait Beyoncé sur son single phare de l’année 2016. En voyant les photos de la fanfare afroféministe 30 nuances de noir(es), c’est la première phrase qui nous est venue à l’esprit. Sur les images, les membres de ce cortège flamboyant, avancent en rang dans des tenues or et argent devant un public de curieux. Des Noir(es) qui investissent l’espace public ? Un spectacle joyeux et politique imaginée par Sandra Saint-Rose, danseuse et chorégraphe d’origine martiniquaise qui signe ici sa troisième création. Rencontre.

Comment est née l’idée de 30 nuances de noir(es) ?

L’idée de 30 nuances de noir(es) est née d’une envie de témoigner de mon vécu et d’un partage d’expériences avec d’autres femmes noires : je ne me sentais pas représentée telle que j’étais, et dans l’ensemble, nous partagions les mêmes constats. Au niveau esthétique, ça faisait longtemps que les fanfares funk m’interpellais comme outil d’écriture chorégraphique. Ma danse est le locking et c’est un style qui fait partie de ce que l’on appelle les funk styles. Cela se danse sur de la funk, de la disco aussi… Dans les fanfares d’universités américaines et à la Nouvelle Orléans, les répertoires soul, funk sont communs. Cela m’a paru intéressant de mixer les deux univers : funk styles et fanfare.

Pourquoi as-tu choisi ce nom ?

J’ai choisi ce nom pour écorcher 50 nuances de Grey, qui d’un point de vue féministe est un film sournois et misogyne, qui glamourise les violences envers les femmes et biaise le consentement. Nous les femmes noires, sur les questions liées aux affects et à la sexualité, sommes continuellement érotisées d’une façon très spécifique : animalisation, exotisation ou perçues comme différentes. La relation aux autres ne peut changer que lorsqu’on se réapproprie ces stigmates et que l’on propose une image de soi que l’on construit depuis son vécu. J’ai donc choisi un titre qui illustre l’érotisme des femmes noires, à partir de leurs points de vues. (du point de vue d’Audre Lorde, l’érotisme est la vie créatrice, l’écoute de soi)

On n’a pas vraiment la culture de la fanfare en France (du moins métropolitaine) si ce n’est durant des événements spécifiques, quelles ont été tes inspirations ?

Mes inspirations sont africaines, afro américaines et antillaises. Autant pour le choix des musiques que des gestuelles, j’ai choisi un panel qui réunit des styles qui viennent de ces 3 endroits. Car c’est ce que je suis. Je suis martiniquaise mais j’ai grandi entre 3 et 17 ans à Abidjan, ou j’ai été pétrie par des postures particulières dans la manière de danser, et aussi par des musiques aux sonorités uniques : musique mandingue, afro funk etc… Mais, les Antillais qui vivaient à Abidjan ramenaient aussi dans leurs valises du Compa, de la biguine. Niveau culture audiovisuelle, comme la Côte d’Ivoire était un des pays les plus ouverts vers l’international dans les années 70, on avait l’émission Soul Train qui passait à la télé tous les dimanches. Evidemment, cela a aussi contribué à mon attrait pour le Locking et les musiques afro américaines. Et puis dans les années 80, pleins de potes partaient aux USA et ramenaient les titres mainstream qui ont propulsé les funk styles : Lionel Richie, James Brown, Chaka Khan, Georges Benson… Pour ce qui est de l’inspiration fanfare, comme cela se passe beaucoup pendant le carnaval, et que c’est aussi un espace de réappropriation aux Antilles, ben voilà, pour moi, tout était logique.

Comment ont été choisis les membres de la fanfare ? Tout le monde est professionnel ?

Les membres de la fanfare viennent de mes connaissances proches et moins proches. J’ai recruté la majorité des danseuses, d’autres sont venues par le biais de celles qui étaient déjà là. Pour les musiciennes, pareil. Pour l’instant, il y a deux tiers de professionnelles et semi professionnelles. Le reste, ce sont des amateures.

Quel message veux-tu délivrer à travers ce show ?

Mon message est très simple : les femmes noires sont comme tout le monde ! Ce ne sont pas uniquement des sans-papiers, des filles de cités, des prostituées ou toutes sortes de stéréotypes qui voudraient nous décrire comme de pauvres personnes à sauver. Il y a pléthore de personnalités, de parcours, de corps et je prétends que ces vies sont toutes à la hauteur pour défier un idéal féminin étriqué, qui nous exclut de la société française.

Le projet est né en 2016 et il y a eu quelques rares représentations pour le moment. Quels sont les projets et les aspirations de 30 nuances de noir(es) pour les mois à venir ?

Les aspirations de 30 nuances de noir(es) sont de faire une tournée Française, tout d’abord, puis briguer l’international. Nous partirons déjà en Guyane au mois de Janvier, puis ensuite en Martinique.

Pour terminer, que dirais-tu aux curieux et curieuses pour qu’ils viennent vous voir ce week-end à La Villette ?

Pour finir, je dirais à celles qui viendront nous voir ce week end qu’iels sont chanceux.ses. D’une part, parce que nous sommes en forme et qu’on va faire un show que l’on a travaillé avec le coeur, et d’autre part, parce qu’avec toutes les initiatives artistiques et politiques que les afrofem (ndlr. afroféministes) sortent ces derniers temps en France, ils sont en train d’être témoin d’un changement historique.

30 nuances de Noir(es)
samedi 18 novembre à 14h et le dimanche 19 novembre à 16h
Festival Freestyle – La Villette

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