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Culture Opinion

“Bamboula” : de l’insulte ‘convenable’ à la violence ‘non intentionnelle’

Et si la bourde du policier, invité de l’émission C dans l’air, était révélatrice d’un dysfonctionnement beaucoup plus profond au sein de la police ?

On croit rêver mais pourtant il l’a bien dit. Jeudi 9 février, sur le plateau de l’émission politique C dans l’air, Luc Poignant, un syndicaliste policier a jugé que l’insulte raciste “bamboula” restait “à peu près convenable” après avoir admis que “ça ne devait pas se dire“. Magnéto :

Repris par la présentatrice, le policier ne revient pas sur ses mots. Pire, il faudra attendre que l’extrait fasse le tour du web pour avoir des excuses de monsieur Poignant, désavoué par sa propre organisation syndicale et recadré par la suite par le ministre de l’Intérieur Bruno Le Roux. Et pour cause, Théo, violemment interpellé à Aulnay-sous-Bois, le 2 février dernier raconte dans son témoignage que les policiers avaient usé de ce terme dégradant à son encontre…

Le bamboula ou l’archétype du Noir sauvage

Comme le rappelle le site Jeune Afrique, le mot bamboula serait issu des termes “ka-mombulon” et “kam-bumbulu”, qui signifient « tambour » dans les langues sara et bola parlées en Guinée portugaise. Mais très vite, le mot ne désigne plus un instrument mais “une danse nègre” (dès le 18e siècle en Côte d’Ivoire), puis plus tard l’ensemble des caractéristiques et stéréotypes péjoratifs et stigmatisants faussement attribués aux Noirs. Dès 1914, le bamboula devient l’archétype du Noir sauvage, cannibale, hypersexuel mais aussi rieur et naïf comme un enfant, voire bête. En somme, une créature plus proche de l’animal que de l’être humain qu’il faut discipliner. A coups de matraque peut-être ?

Des policiers à Aulnay-sous-Bois, le 6 février 2017 (c) afp.com/FRANCOIS GUILLOT

Le racisme, un des moteurs des violences policières ?

Outre l’indignation que provoquent les propos du policier Poignant, ils mettent aussi en lumière un aspect occulté de l’affaire Théo. Pourquoi les contrôles d’identité se font-ils de manière aussi violente, musclée et humiliante dans certains quartiers et pas dans d’autres ? Certains quartiers où vivent principalement des populations noires et arabes. Les cas sont beaucoup trop fréquents pour parler d’exception.

En décembre 2015, un groupe d’adolescents porte plainte pour violences policières. Ils n’habitent pas la cité de la Rose des Vents à Aulnay,  mais le 12e arrondissement à Paris. Leur calvaire est relaté dans un article du journal Le Monde. “Sales noirs”, “singes”, “bande de chiens”, au quotidien les jeunes du quartier Reuilly-Montgallet sont harcelés par une brigade de police. En plus des insultes et des coups, les ados dénoncent également des agressions sexuelles aggravées. Plusieurs évoquent des “doigts dans les fesses”. A l’époque l’IGPN, la police des polices, se saisit de l’affaire.

La même inspection qui a jugé que le coup de matraque horizontal qui a pénétré l’anus de Théo sur 10 cm de long était un geste “non intentionnel” de la part d’un des quatre policiers mis en examen.

 

 


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