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Pourquoi les Antilles votent Marine Le Pen

Il y a 15 ans la France se réveillait avec la gueule de bois, stigmate d’un certain 21 avril 2002 voyant un deuxième tour opposant Jacques Chirac au président FN de l’époque Jean-Marie Le Pen. On parlait dès lors d’un « séisme politique ».

15 ans après, force est de constater que l’appellation a changé. L’on peut qualifier d’épiphénomène la qualification de Marine Le Pen au second tour, contre un homme (Emmanuel Macron) encore inconnu de la sphère politique il y a de cela 2 ans.

Une classe politique de plus en plus indigente s’entremêlant dans des affaires kafkaïennes et une conjoncture socio-économique clairement défavorable. Ces éléments suffisent à expliquer ce rejet massif des partis traditionnels.

Ce qui s’explique moins par contre c’est lorsque l’on constate que Marine Le Pen est fortement plébiscitée en territoires ultramarins à l’issu du premier tour… Explications.

 

Expliquer la percée du Front National outre-mer de manière globale serait faire une analyse biaisée tant chaque territoire possède sa spécificité. Le seul point commun que l’on pourrait trouver à l’ensemble des territoires ultramarins serait le manque de considération chronique dont font preuve les partis politiques traditionnels à leur égard.

 

1 . La récurrence des promesses non tenues

En politique, les Antilles c’est un peu comme la maîtresse que l’on flatte en pleine période électorale, et qui retombe dans les oubliettes une fois que Dame France reprend ses droits. Le PS profitant d’une opération séduction efficace de la part de François Hollande en 2012 avait alors écrasé le scrutin avec des scores sans appels : 51,9% en Guadeloupe, 53,2% à la Réunion contre…9% pour Hamon en Martinique ou encore 8% à Saint Pierre-et-Miquelon cette année. Dans ce contexte, las de ces promesses de campagne non tenues, les populations des territoires ultramarins basculent « logiquement » dans les extrêmes.

Les chiffres corroborent d’ailleurs cette tendance . Le parti réalise des scores historiques comme ces 24 ,78% dans la commune du Prêcheur à la Réunion (1ère place),  mais parallèlement le parti de Gauche de Jean-Luc Mélenchon, autre « extrême » de cette élection vire en tête dans plusieurs territoires comme à Saint-Pierre-et-Miquelon avec 35,45%. Il s’agit donc avant tout d’un vote de contestation contre les partis traditionnels.

2- Une campagne et un discours qui tapent dans le mille

Le temps où Jean-Marie Le Pen et son Front National aux propositions houleuses étaient déclarés persona non grata en basse terre est un lointain souvenir. Place aujourd’hui à la vague bleue et à une Marine qui dresse un programme « sur mesure ». Lutte sociale, chômage, immigration clandestine : toutes les thématiques chères au FN sont des problèmes auxquels nombre de territoires de l’outre-mer sont confrontés.

La Guyane a fait face ces dernières semaines à des mouvements sociaux importants avec en toile de fond des demandes visant à améliorer la lutte contre l’insécurité, les services de santé mais aussi et surtout à considérer les peuples autochtones dans leur globalité.

Des griefs qui semblent perdurer comme un serpent de mer, et qui sont en quelque sorte les reliques d’un passé trouble entre l’outre-mer et la métropole. Force est de constater que les gouvernements aux affaires ces 10 dernières années n’ont pas réussi à recréer un semblant d’équilibre, pendant que Marine quant à elle promet « plus d’autonomie » aux territoires ultramarins… une révolution.

Score de Marine Le Pen en Guyane : 24,29% (2ème derrière Mélenchon 24,72%)

Aux Antilles, la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté, le taux de chômage est beaucoup plus important qu’en métropole et maintenant s’ajoutent des problèmes d’immigrations de masse.

Mayotte, le symbole

Un exemple symptomatique : Mayotte.  Les chiffres de l’INSEE annonçait un taux de chômage de 27,1% à Mayotte pour le second trimestre de 2016, faisant de Mayotte le département français le plus touché. Selon un rapport du conseil économique, social et environnemental de Mayotte (CESEM), un tiers des plus de 15 ans n’a jamais été scolarisé. Parallèlement à cela Mayotte doit faire face à un afflux régulier d’immigrés venant principalement des Comores. Une immigration clandestine qui sévit depuis plusieurs années et qui voit principalement des jeunes femmes enceintes venir accoucher à Mayotte pour bénéficier par la suite du droit du sol et rester sur le territoire. Une situation qui exaspère au plus au point les populations autochtones.

A la lecture du programme de Marine Le Pen promettant une politique intransigeante envers les immigrés à coup de renforcement des contrôles et d’expulsions, les Mahorais doivent y voir un (utopique) salut.

Score de Marine Le Pen à Mayotte 27,28% (derrière François Fillon 32,60 %)

 

3- Lhistorique taux dabstention

Outre-mer l’abstention est une « tradition » qui perdure dans le temps. Si le vote ultramarin représente 7% de l’électorat français on peut dire qu’il n’a jamais réellement fait la différence au cours d’une élection. Alors que généralement le taux d’abstention en France oscille entre 15 et 30 %, l’ont peut dire que cette élection fut celle de tous les records avec plus de la moitié des électeurs qui n’ont pas voté aux Antilles (53%). Un pourcentage qui va jusqu’à dépasser les 60% à la Réunion. Des chiffres qui même s’ils sont habituels sont exacerbés par un contexte de révolte sociale palpable, dépeignant une situation de ras le bol au sein des populations des Antilles.

 

Cette montée en puissance de l’extrême droite n’est somme toute que la résultante de l’ensemble de ces facteurs et ne serait traduire un virage clair vers un vote front national. Les figures du monde ultramarin semblent quant à elles désœuvrées face à ce mouvement erratique. A l’image d’Audrey Pulvar qui s’est vu suspendre d’antenne après avoir signé une pétition contre le Front National en pleine campagne électorale. Dominique Sopo président de SOS Racisme appelle quant à lui à « écraser dans les urnes la haine que représente Marine Le Pen » suffisant pour contrer la révolution venue des basses terres ?

A ce titre un certain Aimé Césaire disait « Tous les révolutionnaires sont des naïfs : ils ont confiance en l’Homme ! Quelle tare ! Confiance en l’Homme !»… Je le confirme dans certaine circonstance la confiance en l’Homme (ou la femme dans ce cas) peut conduire à de grandes désillusions…

 


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