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Rencontre avec Tokou, le nouveau visage de l’humour sans tabou sur Instagram

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INTERVIEW – En moins d’un an, Tokou, 22 ans, est devenue un véritable phénomène sur Instagram grâce à un humour franc et totalement décomplexé.

C’est lorsqu’elle décide de publier une vidéo où elle danse frénétiquement sur le morceau “Tchoin” de Kaaris que tout commence pour Tokou. Depuis, la jeune femme originaire du Val de Marne publie chaque semaine sur Instagram des sketches où elle se met en scène dans des situations plus que cocasses.

Alors que les vidéos humoristiques pullulent sur la plateforme, Tokou sort du lot. Incarnant toute une série de personnages originaux, elle dépeint avec franchise et dérision une certaine réalité de la jeunesse actuelle, et c’est justement ce qui fait son succès.

Repérée par le label Podium TV du rappeur Fababy, celle qui ne se définit pas vraiment comme “une meuf de cité”, est animée par le désir de faire du cinéma depuis l’adolescence. Des années après les désillusions de ses premiers castings c’est aujourd’hui pleine d’ambition que Tokou compte bien se faire un nom dans la comédie.

Longue chevelure noire et grand sourire aux lèvres, la jeune femme d’un naturel coquet a inondé les locaux de TRACE de son rire à gorge déployée. Pour sa toute première interview, elle évoque son univers déjanté, les clés de son processus créatif et ses futurs projets.

TRACE | Quelles sont tes sources d’inspiration pour la réalisation de tes vidéos ?

Tokou : Il n’y a pas vraiment de personnes à proprement parler qui m’inspirent pour mes vidéos. Je m’inspire plus de relations vécues, de situations vues, de situations qu’on m’a racontées… C’est vraiment de ma vie personnelle dont je m’inspire, de mon entourage…

Sur la toile, y’a-t-il d’autres créateurs de vidéos que tu suis ?

J’aime beaucoup Dane Yakan, j’aime beaucoup ce qu’il fait, Wil Aime aussi j’aime ce qu’il fait. Après je ne m’inspire pas forcément d’eux.

Tu es d’origine ivoirienne. Niveau humour/comédie, il y a quand même les incontournables Ma Famille, Les Guignols d’Abidjan, Gohou… Est ce que ça t’as influencé ?

Forcément ce sont des choses que je suis vraiment ! Qui n’a pas suivi Ma famille ? Ça me fait énormément rire mais ça me correspond pas non plus, parce voilà je suis jamais allée au bled, j’ai jamais mis les pieds là-bas. J’ai pleuré de rire devant des Ma famille après c’est vrai que moi je m’identifie plus à la cité. Après c’est important de savoir d’où l’on vient, donc ouais faudrait que je mette les pieds là-bas un jour.

Comment procèdes-tu à la réalisation de tes vidéos ?

Ça vient comme ça. Soit c’est un truc qui m’est arrivé dans la semaine ou un truc qu’on m’a raconté dans la semaine. Et en général dès que j’ai le temps, dès que je galère, hop je me filme. Tant qu’il n’y a personne et qu’on ne me voit pas. Parce que je suis toute seule et je fais 40 personnages à la fois, si on me voit on va me prendre pour une folle (rires). Mais ouais je prends pas d’avance dessus parce qu’en général quand je prends de l’avance au final deux jours avant que je poste la vidéo, je l’aime plus.

Qu’il s’agisse de l’écriture, du tournage ou du montage des vidéos, te fais-tu aider ou travailles-tu seule ?

Je fais vraiment tout toute seule. Je fais rarement des vidéos avec des gens en général, parce que j’ai vraiment un univers « qui m’appartient » et je suis très perfectionniste . C’est à dire qu’il y a beaucoup de choses qui peuvent ne pas me plaire même si les personnes avec qui je travaille sont souvent très talentueuses. Le rendu ne sera pas le même.

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Tokou (c) Makhtar Diakhate

 

Peux-tu nous parler un peu plus de ton label Podium TV ?

C’est le label de Fababy, c’est à la base un label de musique et ils m’ont contactée pour que je puisse faire des vidéos pour eux. Ça m’a apporté vraiment beaucoup d’opportunités, d’où la série (ndlr. Shit, sa trilogie de court-métrages). J’ai été contactée très rapidement, peut-être 3 mois après avoir commencé à faire des vidéos. Ils m’encadrent si je veux faire de nouveaux projets, comme par exemple pour ma série. Ils me trouvent le personnel, ils me trouvent les acteurs. Ils m’apportent des ouvertures au maximum et c’est une très grande valeur ajoutée.

Tu aurais fait quoi si tu ne t’étais pas lancée dans les vidéos ?

Franchement je ne sais pas du tout. Je crois que j’aurais un taff de merde. À la base j’avais commencé à faire une licence en communication, ça ne m’a pas plu. C’est plus le fait d’être à la fac qui m’a pas plu du tout. J’encourage, je tiens à dire : « allez à l’école ». Mais moi vraiment c’était pas mon truc, je suis vraiment plus artistique que scolaire. Je pense que le milieu artistique c’est vraiment plus ce qui me correspond. Si j’avais pas fait des vidéos j’aurais peut-être pas su que je voulais vraiment m’engager dans tout ce qui est dans la comédie, enfin vraiment me structurer là-dedans.

Pour revenir à tes vidéos, l’une des spécificités de ces dernières c’est que tu y incarne tous les personnages à chaque fois. Pourquoi as-tu fais ce choix ? Est-ce que ça rend les choses plus compliquées ?

Ca ne rend pas les choses plus compliquées pour moi parce que je m’identifie aux personnages, je veux vraiment rendre ce que j’ai dans la tête. Et c’est beaucoup plus simple en fait de faire moi même les personnages parce ça rend plus ce que je veux que ça rende. C’est plus facile à encadrer quand on fait les choses soi-même et qu’on sait ce qu’on veut. J’ai fait ce choix de ne pas leur donner de prénoms pour avoir justement le maximum de personnes qui s’identifient à ces personnages. Parce que même si ça reste des garçons de cité, c’est aussi des situations qui peuvent arriver dans d’autres milieux.

Face à cette grosse vague d’humoristes qui stigmatisent énormément les femmes noires, les personnages que tu présentes, par exemple les gars de cité, ce sont des personnages assez vrais, sans nécessairement être dans les clichés. As-tu commencé en te disant que tu allais faire des mecs en réponse à ces vidéos?

Pas du tout. En fait le problème avec les vidéos caricaturales, c’est que ça marche. Après, c’est pas mon humour et puis ça me correspond pas. Donc je préfère faire un truc que je connais. Ça a pas été pour faire un pied de nez ou quoi c’est juste que je m’identifie plus dans les vidéos que je fais parce que c’est ce que je connais. Après ça marche tant mieux, ou plutôt tant pis, mais ça n’a jamais été mon délire.

Combien de personnages différents as-tu et lequel préfères-tu ?

Franchement je ne sais pas… Il y a moi, deux, trois gars que j’ai côtoyés… Après ça dépend vraiment de l’histoire puisque je les définis par rapport à la situation. C’est plus la situation que le personnage qui m’intéresse. Donc combien je ne sais pas trop. Et ouais [celui que je préfère] le “gars de cité” forcément (rires). Je trouve que même s’il est drôle il dénonce quand même certains comportements, il délivre tout de même un certain message. Je pense que le fait qu’il soit un peu absurde montre justement que la situation en elle même est absurde.

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Tokou (c) Makhtar Diakhate

Est-ce que tu peux nous parler un petit peu plus du projet “SHIT” ?

Alors, c’est en trois épisodes seulement donc on va dire que c’est un court métrage divisé en trois parties. Et c’est issu d’une “histoire vraie” parce cette situation est déjà arrivée à quelqu’un que je connais. Après les personnages sont très fictifs mais ça reste une situation qui existe. Et j’ai voulu en parler parce qu’on n’en parle vraiment jamais des personnes qui vendent de la fausse drogue, et je pensais que ça serait sympa d’en parler, et aussi pour être un peu dans la sensibilisation. C’est moi qui l’ai écrite après j’ai eu une super équipe. On a tout tourné en même temps il y a peut-être deux mois. On a presque tout tourné à Noisy parce que j’aimais bien l’atmosphère de la ville.

Quels sont tes objectifs futurs ? Est-ce que tu veux continuer les vidéos, faire un nouveau court métrage, aller vers le cinéma… ?

Pour le moment je pense que je veux faire mes preuves et faire d’autres courts-métrages qui montreront ce que je vaux, si vraiment je dois me mettre dedans ou pas. Le cinéma ça sera peut-être plus tard parce que je reste une fille noire déjà, donc ça risque d’être un peu compliqué malheureusement de faire des films qui sont pas stéréotypés, où je ne vais pas jouer une excisée. Ça m’intéresse mais c’est compliqué. J’avais fait beaucoup de castings, mais j’étais plus jeune, je devais avoir 14-15 ans. Mais quand t’as 14-15 ans tu manques de culture, tu sais pas forcément quels rôles tu devrais faire ou pas.

Quelle expérience tires-tu des castings que tu as fait quand tu étais ado et comment ça t’aide aujourd’hui ?

C’est quelque chose que j’avais complètement zappé peut être parce que j’étais jeune, immature et aussi parce qu’on accepte moins l’échec quand on est plus petit. Et puis les études, ma mère voulait vraiment que je reste dedans et voilà je ne voulais pas la décevoir. Faire des vidéos ça m’a justement redonné goût à pouvoir retrouver vraiment cette filière « ouais je veux faire de la comédie » et vraiment je remercie Dieu, merci seigneur ! (rires)

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Photos (c) Makhtar Diakhate

Cette interview a été éditée pour plus de clarté.


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