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« Salut les Blancs ! » : Fary dénonce l’entre-soi durant la cérémonie des Molières

Drôle, juste et surtout piquant, le sketch de Fary aux Molières 2019 est un beau prélude à une grande conversation sur l’entre-soi blanc qu’il va bien falloir avoir un jour en France. Spoiler : il n’a pas dansé les claquettes.

Lundi 13 mai avait lieu la cérémonie annuelle des Molières qui récompense les artistes et les spectacles du monde du théâtre. Diffusé sur France 2, l’événement ne fait en général pas grand bruit. Dans la presse, le lendemain, on parlera des faibles audiences, de l’intervention des Gilets Jaunes ou encore de l’une des lauréates Blanche Gardin.

“Salut les Blancs”

Mais sur Twitter, c’est un autre grand moment qui retiendra l’attention. Au cours de la soirée, l’humoriste Fary est appelé sur scène pour présenter un prix. Il en profite pour démarrer un court sketch qu’il commence par un « Salut les Blancs » retentissant. The rest is history comme on dit là-bas :

Pendant près 4 minutes, le jeune homme d’origine cap-verdienne va, avec tact, justesse et le sarcasme qui le caractérise, dénoncer l’entre-soi blanc qui règne dans l’institution vieille de 30 ans mais pas que. Par ici le tacle à la notion de racisme anti-Blanc, par là la petite tape à l’invisibilisation des personnes non-blanches. (Sauf, quand elles gagnent la Coupe du Monde, bien sûr.)

Dans le public, les rires vont progressivement se dissiper laissant place à un malaise palpable. Les plans caméra sur l’audience montrent des visages marqués de gêne, au mieux légèrement amusés mais aussi certains invités clairement dans l’incompréhension la plus totale.

Une conversation sur la non-représentativité qu’il serait grand temps d’avoir

Pourquoi la performance de Fary restera un grand moment de télévision dans le combat pour l’égalité des chances et des opportunités et la sacro-saint diversité ? Pour plusieurs choses.

Déjà, face à un public certainement pas conquis d’avance, le comédien ne danse pas les claquettes. Dans des espaces où on est en minorité, c’est souvent le chemin choisi : rire de soi-même et ne pas aborder l’évidence. Combien d’humoristes racisés auraient peut-être, pour ne pas froisser leur audience, préféré une énième fois moquer leur propre communauté à coups d’accents et de stéréotypes rincés ? Au contraire, l’humoriste arrive à changer le regard et donc de perspective, en mettant les pieds dans le plat. Ce n’est pas le public qui regarde Fary mais Fary qui regarde le public avec entre les mains, un miroir qui renvoie un reflet peu reluisant. Surprise : ce n’est pas très diversifié.

Ensuite, Fary n’oublie pas non plus de se situer lui-même sur l’échelle du privilège et de rappeler pourquoi il peut tenir ce discours. Son producteur Jean-Marc Dumontet est également le producteur de la cérémonie, un élément qui lui permet de se tenir là, et de dénoncer sans craindre de “représailles”; on l’espère. Aurait-il été aussi à l’aise sans cet “allié” de taille ? Pas si sûr.

Enfin, le discours de Fary pourrait être vu comme un vif prélude à une conversation sur l’entre-soi blanc qu’il faut vraiment avoir en France. Mais il n’est pas le premier à avoir tenté de démarrer un dialogue. En 2000, Luc Saint-Eloy et Calixthe Belaya avaient essayé de se faire entendre lors de la cérémonie des César en s’invitant sur scène. 19 ans plus tard, c’est triste de constater que les visages dans le public sont toujours aussi crispés. Mais on ose espérer que si on arrive au moins à “rire” du problème, on pourra très prochainement en discuter sérieusement. Et surtout, le résoudre.

 

 


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