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SciencesCurls, ces étudiant.e.s qui vont parler boucles et afros à Sciences Po

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INTERVIEW – Ce groupe d’étudiant.e.s a eu la bonne idée de créer une association pour parler des cheveux crépus, frisés et bouclés dans l’une des écoles les plus prestigieuses de France.

Réjane Pacquit, Kemi Adekoya, Loubna Banou et Frank Gbaguidi ont la vingtaine et ils se sont rencontrés il y a environ cinq ans à leur arrivée chez Sciences Po. Aujourd’hui les désormais grands amis sont en dernière année et ils quittent les bancs de l'”école des futures élites” en grande pompe. Comme une façon de dire merci à un établissement “qui leur a appris à tout questionner” mais aussi de laisser une trace de leur passage dans une institution, par le passé très critiquée pour son manque de diversité, ils ont choisi de créer l’association SciencesCurls.

L’idée ? Discuter, éduquer, explorer et échanger autour du cheveu texturé (bouclés, frisés et crépus) pour comprendre les célébrations et les oppressions dont font l’objet ceux et celles qui le portent. Une problématique qui subsiste autant dans la sphère publique que privée et d’un point de vue à la fois esthétique et politique. Autant dire qu’il y a matière à réflexion.

Nous nous sommes entretenus avec Réjane Pacquit (présidente), Kemi Adekoya (vice-présidente), Loubna Banou (community manager) et Franck Gbaguidi (responsable stratégique des partenariats associatifs), membres fondateurs de l’association pour qu’ils nous parlent plus en détail de SciencesCurls.

TRACE | Comment est né ce projet ?

Réjane : On est tous un peu passionné de cheveux. C’est un sujet qui nous tient à coeur depuis un moment, dont on parle souvent. On est tous en dernière année de master et on s’est dit pourquoi ne pas lancer un projet autour du cheveu afro pour notre dernière année à Sciences Po.

Kemi : On a aussi constaté une évolution en 5 ans chez Sciences Po. On voyait de plus en plus de filles noires qui portaient leur afro. Et là on s’est dit qu’il fallait en faire quelque chose avant que l’idée nous échappe.

Comment expliquez-vous cette évolution ?

Dans notre propre cercle d’amis on a constaté ce changement. On est tous entré à Sciences Po avec des textures de cheveux différentes de celles qu’on a maintenant ! On a eu cette impression que tout le monde a eu envie de montrer qu’il adorait ses cheveux. 

Sciences Po a été très important pour nous dans ce cheminement. On a eu cinq ans d’éducation à l’ouverture sur le monde et sur nous-mêmes aussi. Au final c’est une évolution académique et aussi personnelle.

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Kemi Adekoya, vice-présidente de SciencesCurls

A Sciences-Po, comment le projet a été accueilli par les étudiants ?

Réjane : Très bien. Quand on l’a lancé on ne s’attendait pas à ce que ça ait autant de succès. On a eu du soutien d’autres associations. On n’a pas été perçu comme une association “communautaire”. Il y a eu un engouement de la part des autres élèves, auquel on ne s’attendait pas.

Kemi : Il y a eu beaucoup de questions qui ont été posées. Les gens se sont montrés curieux. Pas d’animosité. Il y a toujours des anti-tout qui vous demande “Mais pourquoi vous faites ça ici ?” mais c’était très facile à déconstruire. Comme la fille qui nous a dit “Sciences Po n’est pas un CAP Coiffure”. Mais pas de critiques de fond, ni de rejet.

Franck : La bonne surprise ça a été au niveau du recrutement de l’équipe. On a eu beaucoup de retours.

Et au niveau de l’administration ? Déposer un projet comme celui-ci, ça peut susciter quelques interrogations…

Réjane : A Sciences Po, l’administration est très ouverte concernant les sujets. Il y a vraiment de tout.  Le sujet de l’association importe beaucoup moins que l’investissement des membres ou la qualité des événements etc… On a eu aucun souci.

Franck : Sciences Po favorise ce genre d’initiatives. L’école a un tissu associatif incroyable.

Le cheveu est un sujet récurrent dans la communauté afro et il est présenté à la fois comme esthétique et politique. Comment vous positionnez-vous par rapport à ça ? 

Réjane : Pour aborder la thématique du cheveu texturé, intrinsèquement, il y a deux volets. Il y a un côté qui est strictement esthétique. C’est une matière qui incarne dans beaucoup de culture la féminité et qui a souvent été un vecteur de tradition. Le soin du cheveu et la mise en beauté du cheveu… C’est hyper transversal. L’aspect politique, finalement, a émergé dans l’histoire avec les mouvements de colonisation. C’est à ce moment-là que c’est devenu un sujet. Un sujet racial, un sujet d’oppression, un sujet d’infériorisation…. Un twist-out par exemple n’est pas politique. Mais quand je vais au travail et qu’on me dit que ce n’est pas professionnel, là, ça devient politique.

 

Quelle est l’inspiration derrière l’esthétique SciencesCurls, du logo aux poses sur les photos  ?

Sur le net, il y a une imagerie qui est très riche autour du cheveu afro. On travaille avec des personnes au sein du groupe qui sont très talentueuses. La graphiste, la photographe sont venues avec des visions. On ne va pas mentir, on a une grosse inspiration qui nous est venue de plusieurs photos d’Afropunk. Pas mal de visuels du mariage de Solange Knowles. On a eu de la chance d’avoir rapidement des membres dans nos rangs et des gens qui se sont vite imprégnés du concept. Chacun a apporté une vision. Ca n’a pas du tout été préparé en amont, c’est vraiment né d’une intelligence collective entre des artistes et des créatifs.

Quel est votre programme pour les mois à venir ?

Réjane : On fera à la fois des événements Sciences Po qui seront plus des conférences ou des débats sur l’aspect social, l’aspect historique. On invitera aussi des intervenants, des gens qui ont réfléchi sur la question, qui ont entrepris dans le secteur, qui ont étudié le marché en termes de chiffres. Des gens qui ont une vraie sensibilité métier. Des artisans, des coiffeurs qui ont une expertise et qui manient cette matière. Les sujets et les formats seront variés. On aura en plus des workshops, des expos, puis aussi des projets digitaux pour créer du discours et de la discussion au-delà d’un moment et d’un espace.

Franck : On va aussi faire pas mal de partenariats avec d’autres associations Sciences Po pour introduire cette problématique avec d’autres. Ca permettra de sortir des sentiers battus et d’impulser de nouvelles questions, de nouveaux sujets. C’est très important pour nous car ça nous permettra d’aller chercher des publics qu’on ne toucherait pas naturellement. Et de montrer aussi que ce cheveu a beaucoup de choses à raconter et qu’on peut le retrouver partout et qu’il a aussi des choses à apprendre à d’autres secteurs. Souvent on a l’impression que c’est toujours le dominant qui doit apprendre à d’autres prétendus dominés. Nous on ne croit pas à cette dichotomie dominant-dominé.

Kemi : Le volet historique va nous permettre aussi de replacer le début de l’histoire du cheveu texturé et pas forcément parler du cheveu texturé qu’à travers l’oppression qu’il a pu subir.

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Réjane Pacquit, présidente de SciencesCurls

Et quand vous quitterez l’université ?

Kémi : On est sûr d’avoir une relève ! Moi j’espère même qu’il y aura des gens qui ne sont pas de Sciences Po qui vont se dire “Bah tiens je vais aller à Sciences Po et entrer dans cette association“! (rires)

Franck : Ce serait drôle que SciencesCurls devienne une porte d’entrée à Sciences Po.

Réjane : On rigole mais c’est aussi une façon de dire : “Tu as ta place“. Surtout au niveau des jeunes qui souhaitent ou qui vont entrer dans cette école et qui ne se sentent pas représentés car on leur donne une image d’un Sciences Po qui ne leur ressemble pas. On veut les toucher et leur dire “Non seulement tu es bienvenu(e), mais tu es bienvenu(e) comme tu es”.

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Cette interview a été éditée pour plus de clarté.

 

 


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