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De Diam’s à Shay, un bref historique du rap féminin en France

Aux États-Unis, de nombreuses artistes féminines ont réussi à imposer leur voix dans le rap. Mais en France, où sont les rappeuses ?

Le rap français est certainement l’une des musiques les plus populaires de l’Hexagone. Maître Gims vend des millions de disques, Booba est le boss du rap game, et nombreux sont ceux qui se lancent dans la course au titre du meilleur rappeur. Dans ce milieu ultra testostéroné, la place des femmes laisse à désirer. On sait pourtant qu’elles ont toujours été présentes depuis l’arrivée du courant en France, à la fin des années 80. De Saliha à Keny Arkana en passant par Sté Strausz, Diam’s ou encore Casey, lumière sur ces femmes qui ont marqué l’histoire du rap français.

Les pionnières oubliées

En 1990, la compilation RapAttitude est la première compilation rap à sortir en France. NTM, Assasin et Dee Nasty figurent sur ce disque et parmi eux, une rappeuse, Saliha avec le titre « Enfants Du Ghetto ». Son nom n’est connu que par une poignée de personnes en France et pour cause, elle n’arrivera jamais à faire décoller sa carrière malgré deux albums.

Saliha – “Enfants du Ghetto” (1990)

Autre nom qui revient quand on évoque le rap féminin, celui de B.Love. Cette rappeuse estampillée consciente et « afrocentriste » se fait connaître sur la seconde compilation Rapattitude, avec le morceau “Lucy” dont le refrain était “Notre mère a tous, elle s’appelle Lucy / Et qu’on le veuille ou non c’est une négresse aussi“.

B.Love – “Lucy” (1992)

Toujours dans la même veine de rap conscient, Melaaz, connue pour avoir plus ou moins fait partie du Posse 501, la bande à MC Solaar avec Bambi Cruz et Menelik. Elle sort un album en 1995 et a brièvement bénéficié d’une exposition médiatique, passant même dans une émission télé culturelle avec Claude MC.

Melaaz – “Maladie de la mélodie” (1995)

Si les thèmes abordés par ces trois rappeuses restent très sérieux, engagés voire même politiques, à la même époque, une jeune fille originaire du Val de Marne vient les challenger : elle s’appelle Sté Strauss et elle n’a que 16 ans. En 1994, elle sort « Sté Real »un EP ambiance egotrip et G-funk produit par Sully B. Wax.

Les légendes de l’underground

Sté Strausz est un nom qui revient souvent quand on parle de rap français. Avec sa voix profonde aussi puissante que celles de ses homologues masculins, son flow incisif et ses punchlines bien placées, la rappeuse a marqué toute une génération de filles qui portaient le Levi’s 501 et le bomber.

Dès 1997, le nom d’une autre rappeuse commence à circuler. Il s’agit de Casey, une rappeuse discrète et directe qui attendra 2006 avant de sortir son premier EP, non sans avoir multiplié les collaborations, les apparitions et s’être bâtie une belle réputation en indé. C’est par ailleurs, une des rares encore active aujourd’hui.

Tout droit venue du Val d’Oise, Princess Aniès a elle aussi attendu avant de sortir son premier disque. Active dès 1995, elle s’est d’abord illustrée au sein du groupe Da System puis montera Les Spécialistes avec le rappeur Tepa, un des premiers duos mixtes du rap. Ils intégreront plus tard le collectif IV My People de Kool Shen mais c’est en solo que Princess Aniès se fera connaître. Dès 1999, elle est la première rappeuse à animer une émission de radio sur Générations. Son premier album Conte de faits sorti en 2002 figurera parmi les meilleurs ventes en indé, la même année. Un exploit qui ne parviendra pas à la faire basculer du côté du mainstream. À l’époque, une des rares et premières rappeuses à avoir bénéficié d’une large couverture médiatique est bel et bien Lady Laistee

Princess Aniès – “Si j’étais un homme” (2002)

Les premiers succès commerciaux

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Diam’s

Avec son hit “Et Si… ?“, morceau fort écrit en hommage à son frère décédé, Lady Laistee se fait connaître du grand public. Le morceau issu de son album Black Mama sorti en 1999, reste 21 semaines dans le Top Single en France. Son deuxième album Hip Hop Therapy passera quant à lui inaperçu malgré les singles “Diamant Noir” avec Lynnsha et “Un peu de respect” avec une autre rappeuse qui va devenir l’emblème du rap féminin pendant plusieurs années : Diam’s !

Lady Laistee – “Et Si” (1999)

Comme Laistee, Diam’s se fait connaître du grand public avec un titre phare “DJ”, morceau formaté pour la radio et les dancefloors qui fait immédiatement un carton. Déjà connue dans le milieu hip hop pour avoir collaboré à de nombreux projets en indépendant, Diam’s dispose déjà d’une solide fanbase quand elle sort son album Brut de Femme. Le disque reste un an dans le top des meilleurs ventes d’albums en France, sera certifié or et remporte même le prix de Meilleur album rap de l’année aux Victoires de la Musique en 2004. Une première historique pour une rappeuse. Diam’s fera encore mieux avec Dans Ma Bulle, disque de diamant en 2007.  Celle qui a annoncé se retirer du monde de la musique en 2012, aura toutefois réussi à faire du rap féminin, une musique grand public le temps de sa carrière.

Car en effet, malgré le succès de Diam’s, rares sont les labels qui ont misé sur des femmes pour promouvoir le rap. Toutefois, en 2006, le label Because Music tente le coup avec Keny Arkana. Moins lookée que Diam’s et donc plus difficilement marketable, la rappeuse bénéficie cependant d’un vrai buzz. Entre Ciment et Belle Étoile, son premier album touchera le grand public notamment grâce à une excellente promo. Le côté militant de la rappeuse (qui ne se définit pas comme tel) séduira également.

Et le féminisme dans tout ça ?

La question du féminisme arrive comme une évidence quand on parle de rap chanté par des femmes. La misogynie dans le rap est très souvent pointée du doigt mais rares sont celles qui ont choisi d’aborder le sujet de manière frontale. Les rappeuses qui ont choisi de mettre en avant leur sexualité de façon crue, à la manière d’une Lil Kim, d’une Foxy Brown ou plus récemment d’une Nicki Minaj, sont peu nombreuses.

Certaines ont tout de même tenté le coup et une des pionnières du genre en France est Roll-K. Rappeuse auto-proclamée “super-lopsa”, elle raconte ses aventures sexuelles et ses fantasmes de manière décontractée dans des morceaux super explicites.

Roll-K – “Roule avec Roll-K” (2000)

Dans la même veine, Liza Monet a fait sensation lorsqu’elle a sorti la vidéo de “My Best Plan”. Avec ce clip, la rappeuse aux rimes crues a fait une arrivée fracassante dans le rap game. C’est sans pudeur qu’elle évoque son expérience d’actrice de films X (Mon manque de money m’a fait fait faire des trucs sales, sucer des grosses b**** sales, juste pour de l’argent sale n****, rappe-t-elle sur Purple Money), qu’elle emploie un langage très graphique et son image fait tâche dans le paysage français. Sur YouTube, son clip dépasse tout de même les 5 millions de vues, preuve que malgré les critiques, le public reste intéressé.

Liza Monet – “My Best Plan” (2012)

État des lieux

Aujourd’hui en France, le rap féminin continue de faire des adeptes mais les représentantes bien que nombreuses peinent à se faire une place. La faute à qui ? À un public majoritairement masculin pas encore prêt à laisser des femmes s’exprimer librement ? Aux maisons de disques qui pensent que le succès de Diam’s était une exception ?

En attendant, c’est sur le net que les rappeuses les plus prometteuses du moment font du bruit. À l’instar de Sianna, 20 ans, qui a créé le buzz en 2014 avec ses freestyles Tour du monde.

Sianna – Ainsi va la vie (2014)

Lago2feu, rappeuse parisienne qui cache son identité sous une paire de lunettes noires, a également fait parler d’elle. Fille d’une célèbre journaliste, menant une triple vie (en plus d’être rappeuse, elle est également journaliste et coach d’une équipe de running), elle a sorti un EP aux inspirations trap où elle prône un style de vie assez matérialiste et très portée sur l’oseille.

Lago – “No Stress” (2014)

Une thématique que Shay, la protégée de Booba explore aussi. Dès son arrivée dans le game avec le morceau “Cruella”, la rappeuse est accueillie comme la prochaine grande rappeuse française. Grâce à des punchlines acerbes, un visuel extrêmement soigné et un emballage validé par son mentor, le DUC en personne, Shay se positionne sur le créneau”first lady” du 92i et ça fonctionne à merveille. Elle vient d’ailleurs de faire son grand retour avec le morceau “XCII” et son album ne devrait pas tarder à arriver. Qui mise sur elle ?

Shay – “XCII” (2015)

 


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