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Wyclef Jean revient sur 20 ans de carrière, son nouvel EP et TRACE FM HAITI

Le chanteur haïtien Wyclef Jean avait annoncé qu’il sortirait un EP aux influences caribéennes, un vrai retour aux sources pour renouer avec le succès. Après les hits « Sweetest Girl » et « Hips Don’t Lie », Wyclef s’est comme volatilisé. Le chanteur, qui a tenté de se présenter aux élections présidentielles en Haïti en 2010, a été longtemps absent de la scène musicale, lâchant par-ci, par-là des morceaux comme « Hendrix » et « My Girl ». Toutefois, Wyclef n’a pas dit son dernier mot avec son nouvel EP intitulé J’ouvert, ode à ses influences caribéenes, afro-beat et Hip Hop. Et à l’occasion du lancement TRACE FM Haiti, l’ex membre des Fugees s’est confié à TRACE à propos de J’ouvert, sa carrière dans la musique et bien sur TRACE FM HAITI.

 

 

TRACE: C’est la saison du carnaval, J’ouvert est sorti. Pourquoi ce nom ? Pourquoi ce son si particulier ? Dites-moi pourquoi c’était important pour vous d’introduire J’ouvert au public ?

Wyclef Jean: “En fait, cela faisait 7 ans que je n’avais rien sorti. J’ai arrêté  la musique au sommet de ma carrière parce que je voulais devenir président dans mon pays. Je suis inspiré par Fela Kuti, Bob Marley et bien d’autres personnes. Quand je me suis remis à la musique, je me suis demandé pourquoi je voulais en faire. La musique doit servir à quelque chose, être utile, elle doit provoquer des émotions chez les gens. J’ai été inspiré ces derniers temps, et je crois que ma fille y est pour quelque chose. Elle a 11 ans et j’ai eu envie pour elle de recommencer à faire de la musique populaire. Quand j’ai arrêté la musique après “Hips don’t lie” and “Sweetest girl”, c’était ce qui fonctionnait. J’ai voulu repartir de cette période et retourner à mes débuts, en 1997, lorsque j’ai sorti l’album The Carnival, mais je souhaitais que ce nouvel album soit moderne. On a sorti une chanson appelée “Hendricks”. C’est un morceau acoustique dont nous voulions tester la “vibe”. Il a été streamé 10 millions de fois, ce qui prouve que Wyclef a une nouvelle audience auprès des jeunes. Après ça, Young Thug a sorti son morceau “Wyclef Jean”, ça m’a semblé être le moment parfait pour me remettre dans le bain. Chaque chanson qui passe à la radio a un rythme caribéen et en sachant que je suis l’un des précurseurs de ce mouvement, il m’a semblé normal de me remettre à la musique.”

TRACE: Vous parlez du fait que le rythme caribéen est omniprésent. Pourquoi est-ce important pour vous, Wyclef Jean, Haïtien connu dans le monde entier, de mettre en avant cette “vibe” caribéenne comme vous le faites ?

Wyclef Jean: “Et bien pour moi c’est une question d’héritage. On fait tout le temps de la musique en studio cependant, nous ne la sortons pas. J’ai toujours aimé  la culture afrobeat et je suis également un pur produit du Jazz. En sachant cela, je savais qu’il était important pour moi de revenir à la musique à un moment où les rythmes caribéens, l’afrobeat et la musique haïtienne deviennent de plus en plus populaires. Cependant, bien que notre musique soit populaire, nous devons rester vigilants car beaucoup de gens vont l’exploiter, c’est pour cela que nous devons innover et faire des choses qu’ils ne peuvent pas faire. Nous faisons raisonner nos racines caribéennes et africaines le plus loin possible.”

TRACE: Il n’y a pas si longtemps, vous avez sorti “Hendricks” et “If I was president”, dont le clip assez drôle et le message fort. Quel était votre objectif avec ces deux projets majeurs ?

Wyclef Jean: “Hendricks” et “If I was a president” sont des titres de l’album J’ouvert et nous les avons sortis en tant que singles. J’ai décidé de faire le morceau “If I was President” parce que la situation aux États-Unis est irréelle. Je voulais faire rire mes enfants car c’était bien trop sérieux. Au final, les politiciens seront toujours déconnectés, ce sont des politiciens. Ce sont les gens qui souffrent. Nous voulions donc tourner un clip impertinent pour relativiser la situation, dédramatiser le climat déjà tellement sérieux.

Le morceau “Hendricks” est une célébration de la vie. Je viens des ghettos dont on ne sort pas. Je sais ce que c’est d’avoir une arme dans les mains, ou d’avoir un cousin qui vend de la drogue, les choses comme ça. Quand on vient du ghetto on a le sentiment de ne pas avoir le choix. Cette chanson, c’était pour dire aux jeunes “écoutez, je viens du même ghetto que vous, et c’est normal de ne pas avoir d’argent pour l’instant. Continuez de faire ce que vous faites et vous finirez et tout finira par s’arranger. Parce qu’être en prison, ce n’est pas la solution.”

TRACE:Votre premier album, The Carnival, est sorti en 1997 et cet été il fêtera donc ses 20 ans. Que pouvez-vous nous dire sur ces 20 dernières années que vous avez passées à faire de la musique et des tournées dans le monde entier ? Qu’avez-vous vu que nous devrions savoir ?

Wyclef Jean: “C’est dingue parce que j’ai l’impression que c’était hier pourtant c’est le 20ème anniversaire de The Carnival. Et on va bientôt sortir The Carnival III, cet été. Quand on a commencé à faire de la musique, on s’appelait le Refugee Camp (le camp de réfugiés) et l’idée ce n’était pas de faire uniquement de la musique mais plutôt de créer un mouvement que la musique suivrait. Je pense que c’est pour cela que les gens s’intéressent toujours à ce qu’on fait.  Il y a 20 ans, il n’y avait pas  de musique latine ou créole à la radio aux U.S. C’est la raison pour laquelle The Carnival est un album qui a eut un impact commercial fort et qu’il a vendu environ 7 millions de copies. Cet album a lancé un signal qui résonne avec tout ce qu’on peut entendre en ce moment : Pitbull, Drake, Rihanna, Kanye. Un peu de tout ça vient de The CarnivalC’est une célébration, une culture. Si on mettait la culture avant la musique, la musique pourrait vivre éternellement. Quand tu écoutes Bob Marley, oui, on écoute de la musique mais pourquoi est-ce qu’on écoute tout le temps les même chansons ? Parce qu’on sait que ce qu’il dit dépasse la musique. Ce qu’il dit, on y croit.”

TRACE: Vous parlez d’un mouvement dont TRACE partage les même valeurs. TRACE fêtera bientôt ses 14 ans et nous avons lancé  TRACE FM Haïti. Notre première radio FM sur l’île dédiée à la musique urbaine pour la jeunesse. Qu’en pensez-vous ?

Wyclef Jean: “J’aurai espéré trouver les mots pour vous exprimer ma joie mais j’ai du mal à les trouver. Je pense que c’est incroyable pour l’île, que c’est un mouvement progressiste qui fait avancer Haïti et la fait entrer naturellement dans le 21ème siècle. La musique qui vient d’Haïti peut se développer parce qu’il y a maintenant des débouchés ce qui n’était pas le cas auparavant. Les artistes avaient pour habitude de faire de la musique en Haïti devaient aller aux États-Unis pour s’exposer. TRACE offre à présent une scène pour les Antillais et les Africains. Les gens pourront dire “Wow, nous ne savions pas que c’était de la musique haïtienne ! Voici les jeunes artistes, voici la nouveauté !” Donc c’est très stimulant !”

TRACE: Nous avons en France un rappeur Haïtien très connu : Kery James. Avez-vous déjà pensé à faire quelque chose avec les Haïtiens de la diaspora en France ou à Miami par exemple ?

Wyclef Jean: Oui, ça serait super ! J’aurai aimé avoir plus de temps mais en tout cas, j’aimerai collaborer avec ces artistes. Si tu écoutes l’EP, tu verras que j’ai essayé  de chanter un peu mieux en français dans le single Ne me quitte pas.

TRACE: Oui, il s’agit d’une reprise très émouvante et un bel hommage à Jacques Brel. Pourquoi avoir choisi “Ne me quitte pas” ?

Wyclef Jean: “Tous les dimanches matins dans le ghetto, ma mère cuisinait et elle avait l’habitude de mettre Jacques Brel et d’autres artistes. Je la faisais rire en imitant les chanteurs français parce que leurs expressions et leur émotion étaient exagérées. Je chantais “Ne me quitte pas, il faut oublier, tout peut s’oublier” et ça la faisait rire. C’était les dimanches matin de chansonnette française en plein milieu de Brooklyn, vous voyez ce que je veux dire ? Donc il y a beaucoup de ces chansons de ce genre que je connais et si ça fonctionne, c’est peut-être dû à l’émotion que je mets dans l’interprétation.”

TRACE: DJ Khaled et Nas ont samplé “La la la” dans leur chanson “Nas Album Done”. Est-ce que tu l’as entendue ?

Wyclef Jean: “Oui ! DJ Khaled est un bon ami. On se connait depuis un bout de temps  et il m’a appelé pour me prévenir qu’il allait faire cette chanson avec Nas. Donc, pas de problème, on leur a donné le droit d’utiliser le sample et surtout, on est des grands fans des deux artistes. De là d’où on vient, les Fugees c’est pour la vie ! Encore une fois, ce qu’on fait c’est plus que de la musique, c’est un mouvement. 20 après, les jeunes chantent toujours les sons des Fugees. Ils veulent un nouvel album donc c’est ce qui se passe quand tu crées un phénomène culturel.”

TRACE: Est-ce que vous travaillez sur de nouveaux sons avec les Fugees ?

Wyclef Jean: “J’espère qu’ils lisent. Tout le monde nous demande ! Quand ils seront prêts. C’est mon groupe, c’est une partie de moi. Je suis un Fugees pour la vie !”

Wyclef Jean et Lauryn Hill à East Harlem, New York, 1993.

 

Credit/Propos receuillis par : Anna Tjé


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